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Une stratégie somatique pour rétablir la confiance et la régulation chez les adolescents et les adultes

Je n'ai pas étudié les principes somatiques à l'université. La plupart d'entre nous ne l'ont pas fait. Ce que j'ai appris au fil de mes années de pratique clinique et de formation à l'EMDR, c'est que même la thérapie par la parole la plus pointue a ses limites — et que ces limites, c'est le corps.
Quand un adolescent me dit qu’il n’arrive pas à dormir. Quand un étudiant me décrit des nausées incessantes. Quand un professionnel me confie qu’il se sent constamment à fleur de peau, même quand tout va bien. Ce ne sont pas là des distorsions cognitives qu’il faut remettre en question. Ce sont des messages urgents et précis envoyés par le système nerveux, indiquant que quelque chose n’a pas encore été assimilé ou évacué.
Pour bon nombre des adolescents et des adultes avec lesquels je travaille, en particulier les personnes issues de minorités ethniques, ces messages s’accumulent depuis longtemps. Et le corps, fidèle enregistreur qu’il est, les a tous conservés.
Mon travail consiste à aider mes clients à apprendre à déchiffrer ce récit. Puis, petit à petit et en toute sécurité, à commencer à le réécrire.
Pourquoi le corps est le point de départ — et non le dernier recours
On a encore tendance à considérer le travail somatique comme un complément : quelque chose qui vient s'ajouter après le « vrai » travail de prise de conscience et de changement de comportement. Je souhaite remettre cela en question.
L'anxiété et les traumatismes ne se manifestent pas principalement dans l'esprit rationnel. Ils se manifestent dans le corps. Battements de cœur accélérés, paumes moites, nausées, tension chronique. Nous ne nous contentons pas d'avoir des pensées anxieuses, nous ressentons l'anxiété. C'est une expérience qui touche tout le corps.
Cela vaut tout particulièrement pour les clients soumis à un stress prolongé. Les recherches sur la charge allostatique montrent que le stress chronique finit par s’ancrer au niveau physiologique au fil du temps, augmentant ainsi le risque de maladie et constituant, dans certains cas, un indicateur précoce de mortalité prématurée. Pour les clients issus de minorités ethniques, qui doivent faire face à une discrimination quotidienne en plus des facteurs de stress courants, cette charge est nettement plus lourde.
Ce que cela signifie sur le plan clinique : avant qu'un client puisse vous faire confiance, il doit être capable de se sentir à l'aise dans son propre corps. Le travail somatique n'est pas un simple complément. C'est le fondement même de la thérapie.
Le problème de la confiance : quels sont les obstacles ?
Pour les adolescents en particulier, mais aussi pour de nombreux adultes, le corps est désormais associé à une menace et non plus à un sentiment de sécurité. Lorsqu’un jeune a été victime de discrimination raciale, d’un traumatisme familial ou d’un stress chronique, son système nerveux apprend à considérer son monde intérieur comme dangereux. L’hypervigilance devient alors la norme. La dissociation s’impose comme une stratégie d’adaptation.
Réfléchissez-y : les adolescents noirs sont confrontés, en moyenne, à cinq situations de discrimination raciale par jour, dont la plupart se produisent en ligne. Leur système nerveux ne réagit pas de manière excessive. Ils réagissent de manière appropriée à une menace réelle et répétée. Le problème, c’est qu’un système nerveux en état d’activation chronique est incapable de faire la distinction entre une véritable situation d’urgence et un mercredi après-midi tranquille.
Les adultes vivent leur propre version de ce phénomène : pendant des années, ils répriment leurs réactions au stress, font preuve de compétence, tiennent bon, jusqu’à ce que leur corps finisse par s’imposer pour se faire entendre.
Instaurer la confiance n'est donc pas seulement une question relationnelle. C'est aussi une question somatique. Cela consiste à aider les clients à développer une nouvelle relation avec leur propre expérience intérieure. Une relation dans laquelle le corps devient une source d'information et, à terme, un lieu de sécurité.
L'intervention : l'exercice de prise de conscience en quatre étapes
L'un des outils les plus fiables que j'utilise pour entamer ce processus, tant avec les adolescents qu'avec les adultes, est l'exercice de prise de conscience en quatre points, adapté des travaux du Dr Rae Swatches Were. Il est bref (une à trois minutes), accessible et efficace, précisément parce qu'il n'en demande pas trop, trop vite.
J'aborde ce sujet dès la toute première séance, souvent avant même d'avoir abordé le problème principal, car il est impossible de partager son histoire de manière authentique tant que le système nerveux n'a pas eu le temps de se calmer.
Point 1 : Conscience corporelle
Invitez les clients à fermer les yeux ou à baisser le regard, puis à parcourir lentement leur corps du haut vers le bas.
« Que ressentez-vous en ce moment ? Une tension ? Un état d'alerte ? De l'agitation ? De la fatigue ? Un effondrement ? »
Avec les ados, j'utilise un langage plus concret : « Y a-t-il un endroit de ton corps où tu ressens une tension, une lourdeur ou une gêne ? »
Il ne s'agit pas ici de « réparer » quoi que ce soit. Il s'agit d'une prise de conscience. Pour les clients qui ont appris à se détacher de leur corps comme stratégie de survie, le simple fait d'être invités à prendre conscience de leur état constitue en soi l'intervention.
Point 2 : Prise de conscience de la respiration
« Est-ce que vous retenez votre souffle en ce moment ? Est-ce que vous respirez plus vite que d'habitude ? Avez-vous du mal à inspirer profondément ? »
Ce point est souvent une véritable révélation. De nombreux clients retiennent leur souffle sans s’en rendre compte. Pour ceux qui subissent un stress anticipatoire, qu’il s’agisse de se préparer à une discrimination ou à un conflit avant même qu’il ne se produise, la respiration superficielle est un compagnon de tous les instants. Le fait de nommer sa respiration commence à briser ce schéma, en introduisant en douceur ce que j’appelle la « littératie somatique »: la capacité à décrypter les signaux de son propre corps en temps réel.
Point 3 : La conscience de l'esprit
Ici, nous nous intéressons à la qualité des pensées — non pas à leur contenu, mais à leur texture.
« Avez-vous l'impression que vos pensées sont rapides et décousues ? Difficiles à suivre ? Ou au contraire lentes et monotones ? »
Cette méta-conscience est particulièrement utile pour les adolescents qui peuvent se sentir mis sur la sellette face à des questions directes sur leurs pensées. Nous ne leur demandons pas d’analyser. Nous leur demandons d’observer. Ce léger changement crée un espace entre le stimulus et la réponse, ce qui marque le début de la régulation.
Point 4 : Conscience émotionnelle
« Que ressentez-vous en ce moment ? De l'anxiété ? Un sentiment d'accablement ? De l'agitation ? De la colère ? Un engourdissement ? »
Pour de nombreux patients issus de minorités ethniques, c'est peut-être la première fois qu'un praticien leur demande simplement ce qu'ils ressentent et attend sincèrement leur réponse. Cette expérience relationnelle constitue en soi l'intervention. Elle indique au système nerveux : « Ta vie intérieure est la bienvenue ici. »
Conclusion : le soupir physiologique
Guidez vos clients pour qu'ils inspirent lentement par le nez, retiennent brièvement leur souffle, puis expirent longuement en terminant par un soupir audible. Il ne s'agit pas d'une mise en scène. Une expiration prolongée active directement le système nerveux parasympathique, ce qui constitue l'un des moyens les plus rapides de sortir de l'état d'activation sympathique. Je le fais à chaque fois avec mes clients, en particulier avec les adolescents. Il est important de montrer l'exemple.
Développer son activité au fil du temps
Il ne s’agit pas d’une technique à utiliser en une seule séance. C’est un cadre de référence. Au début de la thérapie, utilisez-la comme un rituel d’ancrage pour ouvrir chaque séance ; la répétition en elle-même a un effet régulateur. Au fur et à mesure que le traitement avance, encouragez vos clients à l'utiliser entre les séances dès les premiers signes de dérégulation, en les aidant à identifier leurs propres signaux d'alerte précoces. Plus tard dans le traitement, intégrez ces quatre points dans le travail sur les traumatismes : « Faisons une pause — que se passe-t-il dans votre corps en ce moment même ? » Cela permet au corps de rester présent tout au long du travail, et non pas en marge de celui-ci.
Le but profond de cette pratique ne réside pas dans la technique, mais dans la confiance. Bon nombre des personnes que nous accompagnons ont eu toutes les raisons de ne pas faire confiance : ni aux institutions, ni aux systèmes, ni parfois même à leur propre corps. En leur proposant une invitation structurée, prévisible et bienveillante à se reconnecter à elles-mêmes, nous accomplissons quelque chose de discrètement profond.
Nous leur disons : « Vous êtes suffisamment en sécurité pour laisser libre cours à vos émotions. Et je serai là quand cela arrivera. »
C'est là que commence la guérison.





