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Application de la méthode des « parties » à la dissociation et à la fragmentation

Une fois que vous aurez compris que la dissociation et la fragmentation chez les patients ayant subi des traumatismes complexes constituent une réaction de survie intelligente, qu’il convient de considérer comme s’inscrivant dans un continuum, étroitement liée à l’état polyvagal du corps, et qui nécessite une réelle capacité avant que nous puissions intervenir directement, vous serez prêt à mettre cette compréhension en pratique lors de vos séances.
Voici comment j'intègre concrètement le travail sur les « parties » dans mes séances avec les clients dont le traumatisme se manifeste par une fragmentation.
Utilisez le langage des « parties » pour extérioriser, et non pour diagnostiquer
Je m'appuie sur une approche unifiée du travail sur les « parties », en mettant en évidence les points communs entre les systèmes familiaux internes, les modèles de dissociation structurelle et les approches des états du moi, plutôt que de m'en tenir à une école en particulier. L'idée commune à ces modèles est simple : l'esprit organise les expériences trop lourdes à gérer en les séparant en états ou « parties » distincts, chacun portant ses propres émotions, croyances, âge et rôle.
Dans la pratique, cela revient à faire appel à la curiosité plutôt qu’à la confrontation. Au lieu de demander à un client d’expliquer une réaction déroutante, je lui demande quelle partie de lui-même a ressenti cela, quel âge cette partie semble avoir, et de quoi elle essayait de le protéger. La fragmentation cesse d’être effrayante dès lors qu’elle a un nom et une fonction bien définie. Une partie qui se tait en situation de conflit peut être celle-là même qui a appris très tôt que montrer sa détresse ne faisait qu’empirer les choses à la maison. Une partie qui prend le dessus et s'emporte est peut-être celle qui n'a jamais pu se défendre.
Suivre le corps parallèlement à la pièce
Chaque intervention que je mène sur une partie du corps inclut un suivi corporel. À mesure qu’une partie se manifeste, je demande au client ce qu’il ressent au niveau de la poitrine, du ventre ou des membres. Je lui demande s’il ressent une sensation de lourdeur, de brouillard ou d’éloignement. L’objectif n’est pas seulement d’apporter un éclairage intellectuel, mais aussi de provoquer un changement physiologique ressenti, permettant au corps de prendre conscience que le présent est différent du passé. C’est l’étape qui, selon moi, est le plus souvent négligée, et c’est elle qui fait la différence entre une compréhension intellectuelle et un véritable changement au niveau du système nerveux.
Exercices pratiques
Quelques techniques concrètes permettent de bien mettre cela en pratique lors des séances :
- Prendre ses repères avant de se lancer. Au début de toute exploration d’un passage difficile, j’aide le client à prendre conscience de son environnement immédiat, en faisant appel à la vue, à l’ouïe et au toucher, afin qu’il dispose d’un point d’ancrage solide vers lequel revenir.
- Demandez-vous quel âge a cette partie de vous et quel rôle elle joue. Cela ralentit la fusion avec cette partie et crée juste assez de distance pour que votre moi adulte puisse rester présent à ses côtés.
- Je suis l'évolution de la conversation, pas seulement son début. Je remarque quand un client commence à avoir le regard vide, à paraître apathique ou à perdre le contact visuel, et je ralentis doucement le rythme plutôt que d'insister.
- Proposer le mouvement comme moyen d’achèvement. Lorsqu’une partie du corps porte en elle un instinct contrarié, une envie inachevée de courir, de pousser ou d’appeler à l’aide, j’invite à effectuer de petits mouvements physiques, ici et maintenant, qui permettent au corps d’achever ce qu’il n’avait pas pu achever auparavant.
- Normalisez le processus de titrage. Le travail avec des clients fragmentés doit se faire par petites doses répétables plutôt que par de longues séances ininterrompues. Des contacts répétés et gérables permettent d’établir plus rapidement une relation de confiance avec un client qu’une seule longue séance ne le pourrait jamais.
Adopter une vision à long terme
Travailler sur la dissociation et la fragmentation est un travail de longue haleine, axé sur les relations. Cela nous demande de résister à la tentation de nous précipiter vers l’intégration et, au contraire, de construire une relation authentique et de confiance avec chaque partie avant de lui demander de changer. Les parties qui ont appris à disparaître l’ont fait pour une bonne raison. Notre rôle n’est pas de les forcer à sortir de leur cachette, mais de les aider à découvrir, à leur propre rythme, qu’il est peut-être enfin assez sûr pour elles d’être vues.
C'est là, à mes yeux, l'essence même de ce travail, et j'espère que cela vous apportera à la fois la compréhension et les outils nécessaires pour l'intégrer davantage dans votre propre pratique.
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